Ça y est !

Maman est fière comme une papesse : je fais la couverture de télé 7 jours. Mon premier roman cartonne en librairie et à la télé. 

10 000 0000 d’exemplaires vendus.

Je suis millionnaire.

C’est chouette. Pas seulement à cause du fric. Ou des paparazzi qu’essayent de me choper en train de vomir ma bière. Ni des filles qui me jettent leur culotte au visage. Non. A cause de Lisa qu’est revenue.

Ma Lisa.

Sur notre île paradisiaque, sous le porche en bois de ma villa de millionnaire, face à l’océan, je la regarde. Alanguie au soleil sur le transat à côté de moi. Sa peau enduite de Monoï scintille comme l’apparition d’une fée au cinéma. Et je sais pas, c’est comme un truc que t’as sous les yeux, mais que tu peux pas croire, tellement c’est chouette qu’elle soit revenue, Lisa.

Le soir, on va jouer à poil dans les vagues. A l’heure où le soleil n’est plus qu’une grosse orange sanguine qui coule à l’horizon. Les vagues jaunes et rouges enflent et désenflent et viennent crever à nos pieds de millionnaires. On contemple l’infini. Comme si on avait jamais vu la mer avant. Puis Lisa fourre un doigt dans son con, elle me le colle sous le pif, et elle dit :

« Ça sent la marée basse, non ? »

Nous rions. Je la pousse dans les vagues jaunes et rouges. Au couché du soleil, on fait l’amour dans la mer. Ça pique un peu, à cause du sel et du sable. On s’embrasse.

Quelque chose me mord l’entrejambe ; la mer devient rouge sang.

Ensuite, Lisa se tient au sommet des marches d’un grand escalier en marbre blanc. Genre escalier de devanture d’opéra. Moi, je suis tout en bas, et je l’appelle :

« Hé, Lisa ! Qu’est-ce tu fous ? »

Elle me tourne le dos et marche vers une grande porte. Je gravis les marches à sa suite. Au sommet de l’escalier, la grande porte s’ouvre – j’entre. A l’intérieur, y’a d’autres portes. Fermées. J’aperçois Lisa au bout du couloir en passer une.

« Lisa ! Attends ! Ou tu vas ? »

Je m’engouffre par la même porte. C’est une grande pièce sombre et froide où y’a plein de livres empilés jusqu’au plafond. Je peine à marcher entre les rayonnage de bouquins. Je me pète la gueule. Je galère à avancer. Sur la couverture des bouquins, tous les mêmes, je lis, Demain, je ponds un roman, le best-seller du génial millionnaire, Georges Procrastin, déjà plus de 10 000 000 d’exemplaires vendus !

Merde, c’est mon bouquin.

Je distingue Lisa dans la pénombre glacée qui franchit une autre porte au bout de la pièce. Je la suis. Une autre pièce. Même empilage de mes bouquins partout. On dirait qu’il y en a plus que dans la précédente, vu que le plafond est moitié plus bas. Je poursuis Lisa qui passe une autre porte.

« Attends ! »

Dans la pièce d’à côté, c’est pire. Je marche courbé entre les piles de bouquins tellement le plafond, c’est un plafond de Hobbit.

« Lisa ! »

Dans la pièce suivante, je rampe carrément à la suite de Lisa. Je rampe comme un G.I. jusqu’à une porte qu’est plus un trou de souris, vu que la pièce, c’est un terrier étroit rempli de mes bouquins. A grand peine, je m’échappe par une autre porte minuscule. Me voilà de retour en haut des marches de marbre blanc. A l’air libre. Lisa se tient tout en bas du gigantesque escalier. Elle me sourit. Elle porte un enfant dans ses bras. Le visage de Lisa, c’est pas le sien. Il a 90 ans, je me dis. Puis elle me tourne le dos et s’en va avec l’enfant.

« Lisa ! »

Je suis de retour dans la mer avec elle. Quelque chose mord mon entrejambe de millionnaire. La mer devient rouge sang. J’ai pas vraiment mal, alors je crie pas. C’est l’aileron qui me fait crier. Lisa et moi, on le voit s’éloigner à l’horizon. L’aileron du requin qu’à mes burnes de millionnaire dans l’estomac. Et Lisa se bidonne. Elle se bidonne et se bidonne. Puis elle dit :

« T’as pas changé, t’as toujours pas de couilles, Georges Procrastin ! »

Je me réveille en sursaut, une main sur l’entrejambe.

Francis Cabrel chante : Et ça conetinue enecore et enecore.

Il est midi au radio réveil.

J’ai toujours pas écris de roman.

Catégories : La ponte

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